VAN LIERDE JEAN |
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Présentation du témoinÀ la fin des années cinquante, Jean Van Lierde travaillait pour une maison d’édition et assurait notamment la diffusion de nombre d’ouvrages anticolonialistes. En cette qualité, il entra en contact avec plusieurs futurs dirigeants congolais et fit aussi la connaissance de Lumumba. Van Lierde, militant pacifiste et tiers-mondiste, avait été chargé, par le ministre Ganshof van der Meersch, d’une courte mission spécifique auprès de Lumumba lors de la formation du premier gouvernement congolais en juin 1960. Le point de vue de Van Lierde est connu et on sait qu’il n’est pas impliqué dans la mort de Lumumba. Il paraît toutefois intéressant d’entendre Van Lierde dans la mesure où il est un partisan belge de Lumumba. Par ailleurs, il pourrait apporter un éclairage utile sur le contexte de l’époque. Les questions les plus importantes pour la commission d’enquête sont : — Que représentait pour Van Lierde Patrice Lumumba ? De quelle manière l’avait-il perçu à l’époque ? — Qui étaient les conseillers de Patrice Lumumba ? — Patrice Lumumba était-il communiste ? Avait-il des sympathies communistes ? Y avait-il des communistes parmi les conseillers de Lumumba ? — Pourquoi, selon Van Lierde, Patrice Lumumba avaitil des relations tendues avec ses plus proches collaborateurs (Victor Nendaka, Damien Kandolo, Joseph Mobutu, Albert Kalonji, et tant d’autres) ? — Quelle a été la part de Van Lierde dans la rédaction du discours prononcé par Patrice Lumumba le 30 juin 1960? — Qui, selon Van Lierde, a rédigé le discours prononcé le même jour par le Roi ? — Etait-il au courant d’une conspiration à l’encontre de Lumumba ? Y avait-il des inquiétudes perceptibles à ce propos dans son entourage? |
VAN LIERDE JEAN HOCKERS MARYSE DURIEUX JEAN CORDY JEAN NYNS JACQUES NDELE ALBERT NENDAKA VICTOR KALONJI ALBERT GROSJEAN RENE SMAL RENE GRANDELET CLAUDE SPANDRE MARIO VERDICKT ARMAND BARTELOUS JACQUES DAVIGNON ETIENNE BRASSINNE JACQUES VANDEN BLOOCK JAN KIBWE JEAN-BAPTISTE HARMEL PIERRE HEUREUX PAUL ONAWELHO ALBERT VERHAEGEN BENOIT VERVIER FERNAND LAHAYE ANDRE MUKAMBA JONAS WEBER GUY GILSON ARTHUR HUYGHE CHARLES (CARLO) BOMBOKO JUSTINE GERARD JO HOLLANTS VAN LOOCKE JAN VANDERSTRAETEN LOUIS FRANCOIS |
TémoignageJean Van Lierde a été entendu par la commission d’enquête le 11 juin 2001. 2.1. Jean Van Lierde a eu ses premiers contacts épistolaires avec Lumumba en 1957, lorsqu’il était représentant des éditions du Seuil et qu’il « propageait beaucoup de bouquins un peu subversifs pour la direction de la colonie au Congo ». La première rencontre a eu lieu en 1958, lors de l’Exposition universelle de Bruxelles. Van Lierde aurait demandé à ce moment à Lumumba de participer à la conférence panafricaine d’Accra, au Ghana. 2.2. Van Lierde s’est rendu le 11 juin 1960 au Congo, après les élections et à la demande du ministre Ganshof van der Meersch. Ami de Lumumba, le témoin devait servir d’intermédiaire, faciliter la communication entre la délégation belge présente au Congo et Lumumba, qui venait de gagner les élections. Il est reparti du Congo le 3 juillet, peu avant la rébellion de la Force Publique, et n’a ensuite plus eu aucun contact avec M. Lumumba. 2.3. Concernant le discours du 30 juin, ce serait Van Lierde qui aurait incité Lumumba à écrire celui-ci, et qui l’aurait incité à prendre la parole après le Roi et le président Kasa Vubu. Lumumba aurait cependant écrit seul son discours. Il avait d’ailleurs l’habitude, selon le témoin, de travailler seul, et personne n’aurait jamais eu de réelle influence sur lui. Les quelques personnes de son entourage ou de son cabinet ne pouvaient donc pas à proprement parlerêtre qualifiés de « conseillers » (« dans la vie politique courante et dans la vie active, jamais il n’a eu de conseiller »). Le but de ce discours n’était pas du tout d’exprimer une quelconque haine envers le Roi, pour lequel Lumumba avait un « grand respect », mais de marquer clairement l’accession du Congo à l’indépendance. C’était un discours écrit « par espérance panafricaine ». Van Lierde considère, quant aux conséquences de ce discours, que s’il a indéniablement « aggravé la situation », il n’a certainement pas provoqué l’assassinat de Lumumba, qui aurait de toute façon eu lieu. 2.4. Lumumba n’aurait par ailleurs pas été communiste. Ses rencontres avec des personnes proches du communisme devraient être replacées dans le contexte de l’époque, où il multipliait les contacts avec divers milieux (« meetings à Liège, à Charleroi, à Anvers, à l’ambassade américaine, à l’ambassade soviétique, aux jeunesses communistes, aux jeunes gardes socialistes, à la JOC, dans les milieux protestants ») . Les rencontres avec des communistes doivent donc être davantage attribués à la « soif de contacts » de Lumumba plutôt qu’à une attirance particulière pour ce courant de pensée, auquel il ne se serait d’ailleurs que très peu intéressé (« il n’avait jamais lu 10 lignes de Marx, Engels ou Lénine, il préférait Martin Luther King, Gandhi ou les autres, mais il n’avait aucune formation communiste »). 2.5. Selon Van Lierde, les trois africains responsables de « toute la préparation progressive de l’assassinat de Patrice Lumumba » sont Victor Nendaka, Albert Kalonji et Godefroid Munongo. Ces trois personnes auraient réfléchi aux moyens « d’écarter » le premier ministre dès juin 1960 (« depuis la table ronde, depuis qu’on arrive à Léopoldville à la demande de Ganshof, je sens que tout se prépare, qu’il faut absolument écarter ce Lumumba »). La rupture de Lumumba avec Kalonji, auparavant amis, daterait d’ailleurs d’avant l’indépendance, et aurait été attestée par la création, par Kalonji, de « son » MNC, séparé du « MNC-Lumumba ». Nendaka quant à lui, également en rupture avec Lumumba, aurait « joué le jeu des services secrets belges et américains » et, après avoir été le collaborateur de Lumumba, « décidé de tout faire pour l’évacuer », et ce parce que « Lumumba était quelqu’un qu’on ne pouvait pas maîtriser ». Ceci étant, même si ces personnages auraient été les instigateurs de l’assassinat de Lumumba, ils n’auraient jamais pu agir seuls, sans l’aide des Belges : « sans l’aide des Belges, du gouvernement belge, des fonctionnaires, des aviateurs, des gendarmes, des polices, des servicessecrets, ce trio rythmique de Congolais dangereux ne pouvait rien faire pour abattre Lumumba ». 2.6. Concernant les dissensions du côté congolais, Van Lierde constate que des actions étaient entreprises, notamment par les Belges, pour « diviser les Congolais » (« la volonté des Belges était de diviser tous les Congolais »). Les difficultés à constituer un Gouvernement avant le 30 juin seraient en grande partie dues à ces tentatives de division (« [Lumumba] est nommé informateur, ça échoue. Kasa Vubu est nommé informateur, ça échoue. Je vois tous les jours les enveloppes qui circulent pour diviser nos amis congolais les uns les autres, un accord est signé le matin et il est cassé l’après-midi »). 2.7. Lumumba, face à cette situation, aurait envisagé un moment de se présenter lui-même à la présidence de la république, ce dont le témoin l’aurait dissuadé (« ce fut une discussion très difficile pour que je lui dise : « Il n’y a pas de solution car si tu te mets comme candidat à la Présidence, il n’y aura jamais un vote pour toi, tout le monde sera plutôt pour Kasa Vubu » »). Lorsque Lumumba fut finalement nommé Premier ministre, la Belgique se serait ingéniée à l’écarter, et ce avec l’aide de Mobutu (« les Belges ont tout fait pour décider Kasa Vubu à casser son Premier ministre. C’est la réalité. Avec Mobutu qu’on avait acheté »). 2.8. En ce qui concerne la Force Publique, le Général Janssens aurait joué un rôle important dans la « non africanisation » de celle-ci, allant jusqu’à faire de la provocation gratuite (« devant tous ses soldats, il écrit sur le mur : « Avant l’indépendance = après l’indépendance »). Lorsque la Force Publique s’est révoltée, cette rébellion était dirigée « d’abord contre Lumumba et son gouvernement et puis après contre les Belges ». 2.9. Les archives de Tshombé, que Van Lierde a pu consulter en 1963, auraient contenu une note de Guy Weber, son conseiller militaire, lui exposant les « trois missions possibles sur Manono » : le « bombardement du stade lors des cérémonies inaugurales du soit-disant Etat du Lualaba, le bombardement des locaux du gouvernement de Manono, le bombardement du sénat de Manono ». Ces archives auraient également contenu « des dossiers terribles sur les mercenaires, sur l’argent de l’Union Minière, sur les dons, sur les soutiens apportés à ce gouvernement ». 2.10. Van Lierde, qui considère que la sécession katangaise a été « créée, inventée par les Belges », a également entendu des témoignages et vu des documents qui tendraient à prouver la participation de Belges à l’assassinat de Lumumba (« des textes incroyables et montrant vraiment la participation, notre participation belge à ce triple assassinat »). L’un d’entre eux serait celui du docteur Peeters, « qui a signé des faux sur le décès des trois assassinés ». Le témoin juge que les Etats-Unis, et plus particulièrement la CIA, portent aussi une responsabilité très claire (« la responsabilité de la CIA était aussi énorme que celle des officiers belges dans tout le déroulement de ces affaires ».).
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Données biographiquesNé à Charleroi, le 15 février 1926. Formation : Humanités modernes à l’Institut Saint Jean- Baptiste de Wavre (juin 1941). Pour des raisons économiques, il est contraint de travailler à l’usine Tudor de Florival. Il suit une formation de dessinateur industriel à l’École industrielle de commerce de Wavre. Divers : 1942 : il rejoint la Résistance (notamment, activités de renseignement). 1943 : il s’affilie à la JOC. 1946 : il est actif dans le groupe « Témoignage chrétien ». Au cours des années suivantes, il milite de plus en plus pour la non-violence et le pacifisme. 28 novembre 1950 : il est emprisonné pour refus d’accomplir son service militaire. Du 6 avril au 20 octobre 1952 : il accomplit un « service civil » aux charbonnages de Marcinelle. 1er février 1958 : il fonde le CRISP avec Jules Gerard- Libois, François Perin, Jean Ladrière, etc. Il est animateur du groupe « Esprit » d’Emmanuel Mounier. Il est inspiré par le cardinal Cardijn. À partir de 1956, le mouvement « Les amis de présence africaine » prend forme. 18 janvier 1960 : il participe, dans les locaux des « Amis de présence africaine », à une réunion de la délégation congolaise au cours de laquelle il est décidé de former un front commun à la Table ronde organisée à Bruxelles. Le colonel Vandewalle lui interdit de rester plus longtemps au Congo. Cette interdiction est levée par Ganshof van der Meersch; ce dernier avait besoin de quelqu’un qui puisse influencer Lumumba. Van Lierde pense quec’est Arthur Doucy qui a conseillé à Ganshof Van der Meersch de s’adresser à lui. D’autres pensent que c’est François Perin. Selon ses propres dires, il conseille à Lumumba de réagir à l’allocution du Roi le 30 juin en prenant la parole, mais il ne s’attendait pas à un discours aussi violent (« Un insoumis », p. 33). 4 juillet 1960 : il rentre en Belgique. 1964 et 1965 : il publie « Congo 1964 » et « Congo 1965 » avec Jules Gerard-Libois. Début avril 1967 : il se rend à Kinshasa pour vendre l’ouvrage « Patrice Lumumba, les cinquante derniers jours de sa vie » au parlement. Il a l’autorisation de Mobutu, mais Nendaka l’empêche de vendre le livre. Tous les exemplaires restants sont détruits par les services du colonel Singa. A l’issue de cette période : il se met au service du mouvement pour la non-violence et le pacifisme. 1968 : il achète la « Maison de la Paix » à Ixelles. |